C’est l’histoire d’un mec…

Un billet écrit par Françoise Simpere

« … Pourvu de tous les défauts du monde : ouvrier métallo, syndiqué CGT, communiste et franc-maçon ! De quoi effrayer les honnêtes gens, surtout quand il fut élu député avec une dizaine d’autres communistes. Et arrêté pour cette raison en 1939 puis déporté au bagne d’Alger où il restera deux ans : « J’ai été élu par des milliers de gens et déchu par une poignée » dira-t-il. Sa fille Liliane, aujourd’hui une vieille dame, a encore les larmes aux yeux lorsqu’elle évoque les deux ans où elle n’a pas vu son papa.

C’est la vie de cet homme, Ambroise Croizat, que raconte le formidable film de Gilles Perret « La sociale » basé sur la biographie écrite par l’historien Michel Etievent. C’est à cet homme, et à ceux qui l’ont secondé avec enthousiasme que l’on doit la Sécurité Sociale: assurance-maladie, retraite, allocations familiales, comités d’entreprise, médecine du travail…

– Ah bon ? Ce n’est pas le général de Gaulle qui a fait tout ça ?

– Non. Et pas non plus Pierre Laroque, qui fut juste Directeur de la Sécurité Sociale, chargé de mettre en place le système imaginé par Ambroise Croizat, nommé Ministre du Travail et des affaires sociales après la guerre. Un système qui fait cotiser tout le monde en fonction de ses moyens et bénéficie à tout le monde, riches comme pauvres. Il a permis à l’espérance de vie en France de passer de 45 ans avant la guerre à 70 ans quinze ans après, à la mortalité infantile de chuter grâce au suivi pré et post natal, et surtout aux plus fragiles de ne pas sombrer dans la misère en cas de maladie. Tout ceci pour un coût de fonctionnement de 6 % contre 12 à 18 % pour les mutuelles et autres caisses d’assurances privées.1

Comment se fait-il alors que même à l’École nationale de la sécurité sociale, Ambroise Croizat soit oublié tandis qu’on célèbre avec dévotion Pierre Laroque ? Comment se fait-il que François Rebsamen, ancien ministre du travail prétendument socialiste, ne connaisse pas Ambroise Croizat et marmonne qu’on doit tout ça au Général de Gaulle ? Tout simplement parce qu’Ambroise Croizat était com-mu-niste. Communiste, quel vilain mot ! Dans les années 50 et jusqu’à la chute de l’URSS, c’était l’ennemi international désigné par les Etats-Unis, lesquels n’ont pas hésité, pour lutter contre les rouges, à former des Ben Laden et autres extrémistes qui ont fait le lit des Djihadistes actuels.

Ennemi non pas tant à cause des horreurs commises en URSS, mais en raison d’une lutte d’influence sans merci entre les deux blocs. L’Europe étant entre les deux, il était primordial pour les USA qu’elle ne succombe pas aux sirènes du communisme, sous peine pour eux de perdre leur suprématie sur le monde. Ce fut aussi la raison de leur engagement dans la guerre du Vietnam : barrer la route au communisme. Bref : Satan était rouge.

Pourtant si l’on considère que le « progrès » et les « réformes » ne valent que si elles améliorent la condition humaine et donc les chances d’être heureux, force est de reconnaître que dans l’histoire, c’est plutôt avec la gauche que les citoyens ont obtenu ces droits dont tout le monde, y compris les gens de droite, est bien content de profiter : les congés payés (Front populaire), la sécurité sociale (Ambroise Croizat) et la réduction du temps de travail. (tous les gouvernements de gauche). Plus récemment, la retraite à 60 ans, la loi sur l’égalité salariale entre hommes et femmes et la 5ème semaine de congés payés (Mitterrand 81 à 83) Tous les cadres que je connais adorent prendre des RTT…

On m’objectera que les accords de Grenelle (mai 68) ont été signés sous le Général de Gaulle avec Pompidou comme Premier ministre. Des gouvernants de droite et pourtant des accords incroyables: augmentation du SMIG – ancêtre du SMIC – de 35 %, augmentation des autres salaires de 10 % en moyenne, réduction du temps de travail avec objectif des 40h et maximum de 48h, création des sections syndicales et du délégué syndical d’entreprise.

Tout ceci, on s’en doute, ne fut pas dû qu’à la générosité du Général… mais surtout aux événements de mai 68 aboutissant à une grève générale dès le 13 mai, avec 7 à 8 millions de grévistes, soit la paralysie totale du pays, pour que de Gaulle s’avise que la « chienlit » était en fait un mouvement important réclamant un changement de société et une amélioration de la vie quotidienne. On ne s’étonnera pas non plus de la haine viscérale de Nicolas Sarkozy envers mai 68, lui qui craignait tant l’esprit révolutionnaire des français, pourtant bien émoussé aujourd’hui …

Pour en revenir à Ambroise Croizat, j’ai fait une expérience étonnante : je suis allée sur la page Wikipédia consacrée à Pierre Laroque, célébré comme « père » de la sécurité sociale et ait simplement écrit : « simplement organisateur du système social, le vrai « père » de la sécurité sociale étant le ministre communiste du travail, Ambroise Croizat. » Avec un lien vers le film « la Sociale ». Dès le lendemain, mes modifications avaient été enlevées !

J’ai réécrit: « Le véritable « père » de la sécurité sociale fut Ambroise Croizat et non Pierre Laroque, même si Pierre Laroque fut chargé par le ministre du travail Ambroise Croizat de l’organiser. » Avec toujours le lien vers le film, plus- au cas où on m’aurait reproché de manquer de « sources »- une référence à la biographie de Croizat de Michel Etievent.
L’obstination paie puisque maintenant le texte cite Croizat :

« Souvent appelé le « père » de la sécurité sociale de 1945, c’est pourtant de concert avec Alexandre Parodi, ministre du travail de septembre 1944 à novembre 1945, et Ambroise Croizat, député et ministre communiste du travail et de la sécurité sociale de janvier 1946 à mai 1947, qu’a été élaborée cette réforme. »

Mais le lien avec le film a été enlevé, et en regardant les commentaires de ceux ou celles qui ont modifié mon texte, je lis : « Faut arrêter cette pub pour le film. On va pas polémiquer pour savoir qui est plus le père que qui ici. » C’est fou comme rectifier un simple fait historique est mal vu quand cela contrarie l’histoire officielle… et j’en viendrais presque à regretter d’avoir donné des sous à wikipedia pour assurer sa survie.

1 Et qu’on ne nous parle pas du « trou » de la Sécurité sociale : 10 milliards d’euros sur un budget annuel de 475 milliards d’euros en 2014. La même année : budget de l’État: 373 milliards d’euros, 85, 6 milliards d’euros de déficit. Fraude et évasion fiscale : 148 milliards d’euros. Fraude aux cotisations sociales : 20 milliards d’euros. »

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Ethique et étiquette

« Les grands hommes sont soucieux d’éthique, les petits d’étiquette. »
Claude Frisoni

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La Désalpe

… à Saint-Cergue, en Suisse…

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Le professeur Nimbus

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Je lisais ses aventures en 1958… On n’oublie pas le professeur Nimbus !

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La fontaine à encre

Vue au MUDAM Luxembourg

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Connaissez-vous ce pays ?

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Ma dernière peinture…

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Pour ceux qui voulaient savoir…

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Une p’tite villa au bord de l’eau…

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Au Viet Nam vous pouvez trouver au menu

… du rat  (plus rose que les crevettes)

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des crapauds…  (ils sont attachés ensemble avec un fil pour qu’ils ne s’évadent pas !)

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… et des chauve-souris

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